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Former plus de BAFA pour masquer la pénurie : une réponse qui interroge

Face à la pénurie, former plus de titulaires du BAFA semble une réponse évidente. L'article interroge pourtant ce réflexe : forme-t-on mieux pour les enfants, ou surtout pour réussir à faire tourner le service ?

Face à la pénurie d’animateurs dans les centres de loisirs et le périscolaire, une solution revient partout, presque mécaniquement : former davantage de titulaires du BAFA. Départements, régions, communes multiplient les aides, allègent les coûts et accélèrent l’accès à la formation, dans l’idée que plus de diplômés permettra de résoudre le manque de personnel.

Cette réponse est devenue un réflexe national. Lorsque le système manque d’animateurs, on augmente le nombre de BAFA. La formation devient alors un outil pour réguler les effectifs, bien plus qu’un levier pour améliorer réellement la qualité de l’accueil des enfants.

Ce glissement, discret mais profond, mérite d’être interrogé.

Le BAFA : de formation éducative à solution administrative

À l’origine, le BAFA est conçu comme une formation à vocation éducative. Il doit permettre d’acquérir des compétences pour encadrer des enfants, comprendre leurs besoins, assurer leur sécurité, et participer à un projet éducatif collectif.

Dans les faits, son rôle s’est largement déplacé.

Aujourd’hui, la finalité première du BAFA n’est souvent plus de former des éducateurs, mais de mettre les structures en conformité avec la réglementation. Un animateur sans BAFA pose un problème juridique ; un animateur avec BAFA règle ce problème.

La formation devient ainsi une sorte de “tampon administratif” apposé sur un agent pour sécuriser légalement l’accueil collectif. Que l’animateur développe réellement une posture éducative, comprenne son rôle ou progresse dans ses pratiques passe souvent au second plan par rapport à l’objectif principal : être “en règle”.

Une logique courante… mais problématique quand il s’agit d’enfants

Dans de nombreux secteurs professionnels, cette logique peut sembler acceptable. On forme un agent, on teste ses capacités, et si cela ne fonctionne pas, on ajuste. Les conséquences restent limitées au champ du travail.

Mais dans l’animation éducative, la situation est très différente.

Former un animateur au BAFA ne consiste pas seulement à qualifier un salarié. Cela revient à autoriser quelqu’un à intervenir quotidiennement auprès d’enfants, à exercer une influence éducative, à représenter l’autorité, la règle et la relation adulte-enfant.

Lorsque la formation est pensée uniquement comme un moyen d’être conforme juridiquement, elle protège avant tout l’institution. Elle ne garantit ni la qualité éducative, ni la sécurité affective et relationnelle des enfants.

Une formation largement laissée à la discrétion des collectivités

Autre élément rarement mis en lumière : ce sont souvent les collectivités elles-mêmes qui décident qui bénéficiera d’un financement BAFA. Et ces décisions reposent sur des critères internes, rarement formalisés, presque jamais opposables.

Il n’existe pas de droit automatique à la formation BAFA fondé sur une évaluation éducative objective. La collectivité peut accorder ou refuser une prise en charge selon des critères comme la disponibilité, l’intégration dans l’équipe, la relation hiérarchique ou la “bonne adaptation” au fonctionnement existant.

Ces choix ne sont encadrés par aucun référentiel éducatif contraignant. Ils relèvent largement d’une appréciation locale.

Quand la formation devient un outil de tri implicite

En l’absence de cadre éducatif clair et partagé, un phénomène s’installe progressivement : ce ne sont pas nécessairement les profils les plus aptes à faire évoluer les pratiques éducatives qui sont formés, mais ceux qui s’intègrent le mieux au système tel qu’il est. Autrement dit, la formation est souvent accordée à celles et ceux qui confortent l’organisation existante, qui ne la questionnent pas, qui s’adaptent sans trop faire de vagues.

Sans que cela soit explicite ni volontaire, le BAFA peut alors devenir un outil de sélection implicite : il valide les profils conformes, adaptables, peu conflictuels, et écarte ceux qui interrogent les pratiques ou proposent d’autres manières de faire.

Une logique éducative inversée

Dans une approche éducative cohérente, la formation devrait précéder et structurer l’action. On identifierait des besoins pédagogiques, on repérerait des aptitudes éducatives, puis on formerait en conséquence.

Dans le fonctionnement actuel, la logique est souvent inversée :

  1. on constate un manque de personnel,
  2. on finance des BAFA pour combler ce manque,
  3. et l’on suppose que la compétence éducative suivra.

Or, la compétence éducative ne se décrète pas par un diplôme. Elle se construit dans un cadre exigeant, avec du temps, un accompagnement, une réflexion collective et un projet éducatif clair. Rien de tout cela n’est garanti par la simple multiplication des BAFA.

Ce que cette logique produit réellement

Former plus d’animateurs permet de maintenir le système à flot, en assurant sa conformité réglementaire minimale. Cela évite la fermeture de structures, les sanctions administratives, ou les situations de non-conformité.

Mais cela ne répond pas à la crise de fond de l’animation éducative.

Lorsque la formation est attribuée de manière opportuniste, sans référentiel éducatif partagé, elle cesse d’être un levier de qualité. Elle devient un outil de normalisation interne, voire de régulation relationnelle.

Le paradoxe est frappant : on multiplie les formations au nom de l’éducation, mais on évite soigneusement de poser la question éducative elle-même.

Conclusion

Former davantage de BAFA ne suffit pas à améliorer les accueils éducatifs. Cela permet surtout de maintenir un système sous tension, sans en transformer les logiques profondes.

Tant que la formation restera utilisée principalement comme un outil de conformité réglementaire plutôt que comme un engagement pédagogique structurant, elle produira surtout des animateurs conformes à un cadre inchangé, plutôt que des pratiques éducatives renouvelées.

La question n’est donc pas seulement : combien de BAFA former ? Mais surtout : pour quel projet éducatif, avec quelles exigences, et sous quel cadre collectif ?

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